Les Etats-Unis sont en train de mettre en place des mesures visant à mieux contrôler leurs frontières. La dernière idée en date est celle consistant à demander aux voyageurs munis d’un visa de fournir les mots de passe de leurs comptes de réseaux sociaux. « S’ils ne veulent pas nous donner cette information, ils n’ont qu’à pas venir », a lâché John Kelly, directeur du département de la sécurité intérieure des Etats-Unis. Une proposition qui a été faite lors d’une audition au congrès lors de laquelle on lui a demandé ce que prévoyait son département pour cerner l’activité sur les réseaux sociaux

M. Kelly a également fait savoir qu’il était très difficile d’interdire l’accès au territoire aux demandeurs de visas appartenant aux 7 pays musulmans visés par l’administration Trump à travers le décret présidentiel du 27 janvier 2017. Une interdiction qui a d’ailleurs été jugée illégale et fait l’objet d’un appel de la part de cette administration. Dans la foulée, plus de 97 firmes technologiques américaines – dont Google, Facebook, Intel, Microsoft et Apple – ont demandé ce week-end à la justice de maintenir cette restriction sur ce décret anti-immigration. Concernant les réseaux sociaux, pour l’instant la mesure consistant à demander aux étrangers de fournir leurs mots de passe en contrepartie d’une autorisation d’entrée sur le territoire américain n’est pas encore actée, mais elle fait suite à une réflexion initiée l’année dernière. A la différence près – mais de taille – qu’il s’agissait alors d’une option, pas d’une obligation.

Une opportunité pour les hackers du monde entier

La proposition du département de la sécurité intérieure pose en tout cas de sérieux soucis en termes de protection des données personnelles et a fait réagir Michael Macleod-Ball, le responsable du bureau de Washington de l’Union des libertés civiles américaines (American Civil Liberties Union). « Le problème, c’est de savoir quelles informations les agents aux frontières vont chercher et comment ils vont les interpréter », a indiqué M. Macleod-Ball. « Cela pose beaucoup de problèmes et d’ambiguïtés. »

Il n’est pas le seul à être inquiet, d’autres experts le sont également. « Le prix de l’admission aux Etats-Unis ne devrait pas être de donner votre vie en ligne », a indiqué Robert McCaw, directeur du département des affaires gouvernementales au conseil des relations américano-islamiques. « Vous souvenez-vous de chacun de vos comptes de messagerie électronique, Facebook ou de chaque message que vous avez signé ? Si vous en oubliez un, est-ce que pour autant vous mentez aux agents fédéraux ? » De nombreux musulmans voyagent aux Etats-Unis et suivre leur activité sur les réseaux sociaux reviendrait inévitablement à suivre l’activité de l’ensemble des musulmans américains, a prévenu Robert McCaw.

D’un point de vue sécurité, demander aux détenteurs de visas leurs mots de passe pose le problème de leur stockage. Déjà que le gouvernement a du mal à protéger ses propres bases de données des hackers, comment pourrait-il assurer qu’il puisse mettre à l’abri celle contenant les mots de passe des réseaux sociaux des étrangers, s’interroge Christophe Dore, partner dans le cabinet d’avocat Edelson PC. « La menace d’une brèche de base de données pour l’ensemble des mots de passe constituerait un grand danger pour tous les individus. » Pour lui, c’est aller à la catastrophe.